Un ancien d’Efreitech lève 130 000€ pour le lancement de la première plateforme de e-sport francophone

Cyril Combes, fondateur de Time to Play

Cyril, Master E-Business promo 2016, avait déjà réalisé dès la fin de ses études une levée de fond de 100 000€ pour le lancement de sa société Alt-Tab-GG. Aujourd’hui, il lance Time to Play, la première plateforme de e-sport francophone, pour laquelle il a obtenu le label Frenchtech et levé 30 000€.

Retrouvez ci-dessous l’interview complète :

Comment se sont faites les deux levées de fonds successives ?

La première levée de fond, pour le lancement du média Alt-Tab-GG, s’est faite assez simplement : c’est mon ancien patron, qui est aussi business angel, qui a décidé d’investir sur ce projet. L’élément décisif a été quand nous avons remporté le prix orange du meilleur espoir de startup française au Startup Weekend Orléans en octobre 2015 : à ce moment-là des investisseurs sont venus me voir avec le chéquier en main, prêts à investir ce qu’il fallait pour lancer le projet. J’ai préféré rester fidèle à mon premier contact qui était mon patron. Il a formulé une offre officielle d’une levée de fonds de 100 000€ pour lancer le projet, ce qui à l’époque correspondait tout à fait à mes besoins. Au mois de mars j’ai donc lancé la startup, et suis passé d’alternant à associé du groupe Maniacom, à travers la création d’Alt-Tab-GG.

Ensuite, il y a la bourse Frenchtech. C’est la BPI (Banque Publique d’Investissement) qui délivre deux choses :

» le label, c’est à dire qu’elle reconnait votre capacité à créer une startup innovante

» la bourse : c’est une subvention donnée à une startup en disant « nous croyons en toi, et pour aider à faire ce produit avec lequel nous pensons que vous pouvez représenter la France dans quelques années, on vous donne un bonus qui vous permettra de lancer ce produit. » Ce bonus correspond à 50% de votre besoin primaire pour former votre produit. Pour moi c’était 30 000€.

Time to Play, concrètement, c’est quoi ?

Pour faire simple, c’est une plateforme de mise en relation de joueurs ; le concept est de fédérer des joueurs avec des valeurs qui sont propres à la communauté, avec la possibilité de faire des tournois réguliers, de créer des guildes… cette plateforme permet à chacun de pouvoir jouer son propre tournoi, de pouvoir être récompensé d’y avoir participé, et dans un autre temps de pouvoir fédérer une communauté en créant sa propre guilde.

D’où te vient l’idée de créer Time to Play ?

Je vais vous raconter une petite histoire qui va très bien expliquer ça : c’est l’histoire d’un mec qui passe 3 ou 4h par jour à jouer à son jeu favori, en l’occurrence League of Legend. Au bout de quelques mois il a atteint un niveau tout à fait correct (pour les connaisseurs, disons gold ou platine). Il n’est ni extrêmement fort ni mauvais, et finit donc par se dire « maintenant que je suis plutôt bon, pourquoi ne pas aller faire un tournoi, et peut-être être récompensé ? » Il décide donc d’aller s’inscrire sur les plateformes existantes.

Première frustration, on lui dit « non, vous ne pouvez pas, parce que vous n’avez pas d’équipe ». Donc le mec va voir tous ses contacts en disant « allez on fait une équipe, j’ai envie de jouer ! ». Il arrive tant bien que mal à réunir une équipe, pas du tout homogène et d’un niveau plutôt faible. Il retourne voir cette plateforme, dit « bonjour, j’ai une équipe, est-ce que je peux jouer ? -Oui, vous pouvez jouer ».

Donc il s’inscrit et attend le dimanche comme tout le monde pour faire son petit tournoi.  Il fait son premier match et là il se fait complètement exploser, parce que l’équipe d’en face est composée de players compétitifs qui sont quasiment semi pro et qui sont là pour remporter tous les cashprizes. Deuxième frustration, celle de ne même pas avoir eu l’opportunité de profiter du tournoi ne serait-ce qu’en jouant avec plaisir.

Ce mec finalement c’est moi il y a quelques années. Je me suis dit : un jour je créerai une plateforme qui va me permettre de m’amuser avec mes potes et le reste de la communauté sur des tournois simples, avec des joueurs de mon niveau, de prendre du plaisir tout simplement. Et c’est comme ça qu’est né le concept de Time to Play.

Quels sont les autres avantages par rapport aux concurrents déjà existants ?

Les plateformes existantes, comme l’ESL, qui sont bien connues de tous les joueurs, sont anglophones. Pourquoi j’ai décidé de faire une plateforme francophone alors que la plupart des gamers sont déjà habitués à des produits anglophones ? Je suis parti du principe que la communauté française c’est 7,5 millions de personnes intéressées par le e-sport ; c’est 3,4 millions de personnes engagées dans le e-sport. Pourquoi ces personnes devraient aller à l’étranger pour pouvoir obtenir le service qu’elles désirent ? Pourquoi ne pas créer un produit français qui permette de fédérer cette communauté et de garder ce marché potentiel chez nous ?

Ensuite, Time to Play offre 3 avantages concrets par rapport à ses concurrents :

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La possibilité de pouvoir participer à des tournois seul ou en équipe, peu importe le jeu. C’est-à-dire que vous n’avez pas besoin de former une équipe pour participer aux tournois.

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La possibilité de jouer des tournois par niveau. Terminée la frustration de jouer contre des joueurs d’un niveau trop faible ou trop fort pour vous (ce qui engendre généralement énormément de frustration chez le gamer !)

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Un univers graphique unique dans lequel le gamer se retrouvera facilement, très ergonomique et surtout très structuré. On a décidé de faire quelque chose de moderne, attractif visuellement et aussi en terme de user expérience.

Quels jeux seront représentés sur cette plateforme ?

Au départ on va lancer des tournois autour de deux jeux : League of Legend et Hearthstone. Ces deux jeux sont très fédérateurs en France et regroupent énormément de joueurs. Mais très rapidement si le projet marche, on étendra notre service à Overwatch ou Startcraft par exemple, ou encore d’autres jeux qui sont un peu plus ciblés mais qui restent quand même très e-sport et très appréciés par la communauté française.

logo-hearthstone

Où se situe l’innovation dans l’algorithme et les cashprizes de Time to Play ?

Nous avons développé un algorithme innovant qui nous permet de connaitre votre niveau quand vous entrez votre pseudo dans Time to Play. Ainsi, vous vous inscrivez, et nous nous occupons de vous trouver des coéquipiers de votre niveau pour participer au tournoi.

Ensuite, il y a deux types de cahsprizes : de grosses sommes, ouvertes à tous pour faire connaitre la plateforme et le système de timepoints qui va intéresser tous les gamers et surtout ceux qui n’ont pas forcément la capacité de gagner ces gros tournois. Ce seront des tournois réguliers, proposés très régulièrement sur la plateforme, qui vont vous permettre de cumuler des points, de l’argent virtuel qu’on appelle les timepoints.

A chaque fois que vous participez, que vous gagniez ou que vous perdiez, vous récupérez une petite récompense de timepoints ; en cumulant ces timepoints vous pouvez aller sur une boutique virtuelle et acheter des objets concrets hardware (souris, clavier, écran…) ou bien plus simplement des RP, donc pour League of Legend, de l’argent virtuel que vous pouvez utiliser sur votre jeu favori, ou bien des boosters pour Hearthstone qui vont vous permettre d’acheter des nouvelles cartes. Le but du jeu c’est de récompenser tout le monde, du plus fort au plus faible.

Quelle est la date de lancement de Time to Play ?

La plateforme sera officiellement lancée courant avril 2017.

Je tiens juste à préciser qu’il n’y a pas besoin d’être abonné pour participer à Time to Play ; vous pouvez être juste inscrit : cela permet de découvrir gratuitement l’univers, participer à des tournois et comprendre rapidement que la façon de jouer est différente des autres plateformes. Par contre, si vous êtes abonné vous aurez des avantages exclusifs, comme la possibilité de créer sa guilde, faire du sharing XP et avancer plus vite dans la gamification que nous avons mis en place.

L’XP vous permet de monter les grades petit à petit, et donc de décrocher des interactions uniques, comme celle d’avoir son propre chat, son propre forum, sa propre guilde, de pouvoir inviter et parrainer n’importe quel joueur de la plateforme.

Tous ces avantages ont un seul objectif : vous permettre d’être récompensé différemment à chaque fois de l’investissement que vous mettez sur cette plateforme.

Tu vas donc attirer les joueurs de niveau débutant à avancé ; qu’en est-il des pro gamers ?

Les pro gamers ne m’intéressent absolument pas. Ils représentent 1% de la communauté, raflent tout et tout le temps. Je me suis dit que pour une fois on allait faire l’inverse : favoriser les 99% de joueurs qui, eux, n’ont jamais eu l’occasion de gagner un tournoi ou ne serait-ce que de jouer en s’amusant. C’est un peu clivant ; les top players n’y trouveront pas leur compte : ils auront un win rate beaucoup plus faible étant donné qu’ils joueront uniquement contre des top players, donc fini le « je tape sur les noobs et je me fais de l’argent », mais c’est le but. Finalement, le win rate sera équivalent pour tout le monde, puisque tout le monde jouera en fonction de son MMR (matchmaking rating). L’objectif est de redistribuer les cartes et changer les habitudes de jeu en tournoi.

Avez-vous un partenariat pour le partage de contenu vidéo de streaming ?

Dans un premier temps on ne va pas forcément rediffuser tous les tournois, mais on est en train de mettre en place des partenariats avec des équipes et des équipementiers qui vont nous permettre à terme de pouvoir diffuser les finales de nos tournois directement sur de grandes chaines webtv.

C’est donner la possibilité à des joueurs lambda d’avoir leur petit moment de gloire en disant « t’as vu j’ai participé à la finale du tournoi silver Time to Play, j’ai joué devant 2000 personnes, bon, j’ai perdu, mais au moins qu’est-ce que c’était cool ! » et ça c’est vraiment mon objectif ; c’est que les mecs y aillent, et qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, qu’ils se disent « ah, c’était quand même sacrément cool ce tournoi ». Si on fait ça on a déjà gagné.

streaming time to play league of legend

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite lancer sa startup ?

Tous ceux qui se lancent dans la création de leur startup doivent comprendre deux choses. La première : avoir une idée c’est bien mais ce n’est pas suffisant. La deuxième : si vous avez une idée, soyez capable de la réaliser. Une startup qui fonctionne c’est une startup qui est excellente sur la réalisation et non pas sur la conception : vous pouvez être très bon dans la conception, si vous n’avez pas un business model scalable, profitable et répétable, ça ne sert à rien. Votre idée peut être géniale, mais jamais vous ne pourrez vous développer outre mesure parce que vous aurez des freins très rapidement.

Les personnes qui veulent se lancer doivent être entrepreneurs au sens large du terme. Pour moi, être entrepreneur c’est être prêt à sacrifier beaucoup de choses. Un entrepreneur qui réussit, finalement sur les 5 piliers de la vie que sont le travail, la famille, la copine, les hobbies et les potes, il ne peut en avoir que 2.

Pourquoi ? Parce qu’il n’aura pas le temps pour le reste. Parmi ces piliers-là, il y a forcément le travail puisque vous êtes entrepreneur ; et parmi les 4 qui restent, qu’est-ce que vous choisissez ? Voilà, ce n’est pas plus compliqué que ça. Si vous voulez avoir plus que ces 2 piliers là, vous allez droit dans le mur. Parce qu’être entrepreneur c’est être obsessionnel. Tout ce que vous faites, vous le faites en pensant à votre boite. Il faut que les entrepreneurs aient conscience de ce sacrifice personnel qui est nécessaire. Vous risquez tout pour peut-être ne rien gagner. On vente beaucoup les mérites d’être entrepreneur « lancez vos startups, vous êtes les champions de demain » oui, certes, mais est-ce que les gens sont prêts à sacrifier ce qu’il faut pour être les champions de demain ? Et ça ce n’est pas forcément le cas de tout le monde.

Cette fibre entrepreneuriale, est-ce que tu penses l’avoir développée grâce à Efreitech ?

Pour être honnête ce n’est pas Efreitech qui a fait de moi un entrepreneur, je veux être entrepreneur depuis que j’ai l’âge de 5 ans. Par contre, ma scolarité à Efreitech m’a conforté en ce sens. Parce qu’on a beaucoup de projets qu’il faut mener à terme de façon rapide et efficace. Par exemple, la startup week : vous avez une semaine pour imaginer un concept, imaginer la réalisation, imaginer un business model et être capable de le présenter. Ça, ce sont des outils utiles, parce que ça vous apprend à réfléchir vite et bien, à être efficace. Vous êtes mis devant vos qualités et vos faiblesses. Pas plus loin que ça, sans parler de compétences, ce sont des qualités humaines. C’est à dire vous avez une équipe que vous ne connaissez pas, déjà d’une il faut être capable d’être un leader pour imposer votre projet, parce que sinon il ne verra pas le jour. Et puis une fois que vous l’avez imposé aux yeux des autres, être capable de driver l’équipe dans votre sens pour atteindre l’objectif que vous aviez défini. Ce n’est pas si simple.

Ça commence par là, être capable de convaincre n’importe qui n’importe quand. Efreitech vous donne l’opportunité de savoir présenter votre projet à n’importe qui, et à n’importe quel moment, de manière efficace. Même si c’est juste un examen, il faut que vous arriviez à persuader les gens que vous serez la meilleure équipe, que vous allez obtenir la meilleure note, et que pour avoir cette meilleure note et cette meilleure équipe il faut vous suivre.

Mais quand vous avez une vingtaine d’années ça vous met une claque, parce que vous vous rendez compte que ce n’est pas si simple de fédérer. A force de le répéter au bout d’un moment vous commencez à avoir une routine, et vous savez comment « prendre le taureau par les cornes » pour que les choses avancent.

Voilà ce que ça j’ai appris à Efreitech, principalement. Et puis tout l’univers digital ; j’ai fait e-business donc j’ai vu vraiment un large spectre de compétences web. Ça ne fait pas de moi un expert en quoi que ce soit : je ne suis pas un développeur, un webdesigner, encore moins un intégrateur ou bien un expert base de données, mais par contre vous pouvez me parler de tous ces sujets, je serai capable de vous répondre. Je serai capable d’avoir une discussion avec vous et de vous dire « ce que vous êtes en train de me faire, c’est bien ou c’est pas bien. Ou est-ce que vous êtes en train de me mentir ou est-ce que vous êtes en train de me dire la vérité. » Et ça dans le business, en tant qu’entrepreneur c’est essentiel, parce que vous comprenez tout le monde tout de suite. Vous êtes capable de prendre des décisions rapidement et vous avancez bien plus vite que si vous vous demandiez « je ne comprends pas, c’est quoi le tracking ?… » non, là vous perdriez trop de temps. Donc là Efreitech a aussi bien compris l’importance de favoriser les compétences digitales larges.

Comment s’est passé pour toi la transition entre les études et le monde professionnel, même si tu avais déjà un pied dedans pendant tes études étant donné que le master e-business est en alternance ?

Pour moi ça a été un cas un peu particulier : j’étais encore en études quand j’ai commencé à être entrepreneur. Donc forcément le changement a été rapide et efficace : début mars je suis alternant, fin mars je suis patron.

Par contre, on s’aperçoit vite qu’il y a un gap entre ce qu’on imagine être le monde du travail et ce que le monde du travail est à la sortie des études, même si j’ai fait mes études en alternance. L’alternance vous prépare mieux que le reste parce qu’effectivement vous avez déjà un pied en entreprise, par contre elle ne vous prépare pas aux responsabilités, aux devoirs que vous aurez dans l’entreprise dans laquelle vous serez après vos études. Quand vous êtes alternant vous n’avez pas les mêmes responsabilités que quand vous êtes en CDI, parce que quand vous sortez d’Efreitech vous êtes bac+5 (enfin dans mon cas vous êtes bac+5), ce qui veut dire que vous avez des postes à responsabilité immédiate.

Vous sortez, vous êtes peut-être chef de projet ; c’est différent de chargé de projet quand vous étiez alternant. Là, vous avez une équipe à manager, des objectifs à réaliser, et un aspect financier à comprendre, et tout de suite. Vous êtes payé 30 à 35K voire même 38K par an pour certains, donc forcément on attend de vous que vous soyez efficace très rapidement, et ça, aussi fort que vous soyez en études, vous vous prenez un peu une claque.

Mais par contre quand vous avez fait Efreitech, forcément, il y a beaucoup d’offres ; on voit bien qu’on intéresse beaucoup d’entreprises, que le digital est un secteur porteur. Donc forcément, trouver du boulot chez nous c’est peut-être moins compliqué que dans d’autres métiers, par contre à l’inverse, les attentes sont aussi plus grandes.

La vie d’entrepreneur c’est comment ?

Je pense, pour être très honnête, qu’être entrepreneur c’est beaucoup de soucis, beaucoup de claques dans la tronche, et assez régulièrement. Mais c’est aussi un plaisir indescriptible de se lever tous les matins en se disant « pour qui je bosse ? Pour moi ». Et ça, ça compense tous les autres problèmes que vous avez que les autres n’ont pas.

Et finalement, quand ce petit bout d’idée que vous aviez il y a un an est maintenant quelque chose de concret qui intéresse les gens, c’est quelque chose de relativement agréable. Pour avoir un ordre d’idée, quand on a lancé la landing page, en moins d’un mois on a eu 1000 visites et plus de 300 inscrits.

C’est-à-dire que j’ai un taux de conversion supérieur à 30%, ce qui est énorme. Et forcément ça c’est mon plus grand plaisir. J’ai un produit qui n’est même pas fini, mais le concept, déjà, plait à ma cible. C’est tout ça qui fait que je suis très heureux de ce qui se passe maintenant, très anxieux à la fois, parce que je ne sais pas comment les choses vont évoluer, mais que je continuerai. Je continuerai jusqu’à temps qu’on me dise qu’il faut que j’arrête, tout simplement.

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